16/09 Soit l'or, soit le marché se trompe...
...concernant les prévisions de taux de la Fed.
Aujourd'hui, le mercredi 16 septembre 2026, à Londres, les cours de l'or ont fortement rebondi, effaçant la majeure partie de la chute de 100 dollars enregistrée plus tôt dans la semaine. Alors que le cours du pétrole brut reculait et que les rendements des obligations d'État redescendaient après avoir atteint des niveaux records depuis plusieurs décennies, à la veille de la décision de septembre de la Réserve fédérale américaine sur les taux d'intérêt du dollar, dont on s'attendait presque unanimement à ce qu'elle relève les taux pour la première fois depuis juillet 2023.
L'ancien président de la Fed, Jerome Powell, avait alors conduit le comité de politique monétaire (FOMC) à procéder à six baisses de taux d'ici décembre 2025, mais il avait été attaqué à plusieurs reprises par le président américain réélu Donald Trump pour ne pas avoir baissé les taux plus rapidement ou davantage.
La Fed, sous la direction du successeur de Jerome Powell, Kevin Warsh – nommé par Donald Trump le jour où, en janvier dernier, l’or a atteint son plus haut niveau historique actuel, à près de 5 600 dollars l’once troy –, affiche désormais une probabilité de 93 % de relever ses taux aujourd’hui, selon les transactions sur les contrats à terme sur les fonds fédéraux suivies par l’outil FedWatch de la bourse de produits dérivés CME.
Le consensus du marché prévoit ensuite une nouvelle hausse de 25 points de base d’ici la fin de l’année.

« L’or indique que la Fed devrait procéder à une hausse dans les six prochains mois ; le marché dans son ensemble estime qu’elle devrait en effectuer deux », indique une note de Nicky Shiels, stratège en métaux précieux chez MKS Pamp, groupe suisse spécialisé dans l’affinage et la finance des métaux précieux, présentant un modèle comparant les cours de l’or aux anticipations de taux de la Fed qui suggère que soit le métal est surévalué, soit le marché des taux d’intérêt se trompe.
Quoi qu’il en soit, « les taux directeurs réels sont à peine positifs face à une inflation de 3,7 % » selon l’indice PCE actuellement privilégié par la Fed, précise M. Shiels. « Le cycle de hausse n’est pas restrictif, il sert simplement à rattraper le retard. »
L’inflation en juillet s’est toutefois maintenue près de ses plus bas niveaux depuis cinq ans, à 2,3 % par an, selon l’indice PCE « trimmed mean » (moyenne tronquée) privilégié par Warsh. Mais à l’instar des anticipations de taux au jour le jour, les coûts d’emprunt à long terme ont bondi sur le marché obligataire, clôturant hier soir à 5,00 % par an sur l’obligation du Trésor américain à 10 ans, pour la première fois depuis le 19 juillet 2007.
C’était à peine trois semaines avant qu’un resserrement mondial du crédit n’annonce la crise financière à venir.
« [Alors que] des perspectives de taux d’intérêt plus restrictives ont pesé sur l’intérêt des investisseurs », indique le cabinet de conseil spécialisé Metals Focus, « les achats soutenus des banques centrales en juillet-août ont apporté un soutien important aux cours de l’or. »
Ce commentaire fait écho à d’autres analystes qui soulignent la lutte entre la pression à court terme exercée par les anticipations de taux d’intérêt et les facteurs géopolitiques pesant sur l’or.
Après avoir chuté lundi à son plus bas niveau depuis cinq semaines, à 4 254 dollars l’once, le cours de l’or en dollars a atteint aujourd’hui un pic à 4 360 dollars, alors même que la devise américaine s’appréciait une nouvelle fois sur le marché des changes dans le sillage de chiffres solides des ventes au détail aux États-Unis, avant de reculer de 25 dollars.
L'or en euros a atteint un pic à 2,4 % au-dessus de son plus bas de lundi, frôlant les 3 779 €, tandis que le cours de l'or au Royaume-Uni, en livres sterling par once, s'est rapproché de 3 240 £ avant la décision de la Banque d'Angleterre sur les taux d'intérêt prévue jeudi, avant de reculer de 15 £.
L'argent a lui aussi connu une forte hausse puis un recul, atteignant un pic à 64,93 dollars l'once troy — soit plus de 4,1 % au-dessus du plus bas niveau en cinq semaines enregistré lundi — avant de reculer de 60 cents.
Les actions américaines se sont redressées après le plus bas niveau en sept semaines atteint hier soir par l’indice S&P 500, et les cours du cuivre aux États-Unis ont encore progressé par rapport au plus bas niveau en sept semaines enregistré lundi, tandis que le Brent a reculé de 1,3 % tout en se maintenant au-dessus de 100 dollars le baril.
